Bureau en désordre pendant le confinement
Lifestyle

55 jours de confinement, et après ?

Jour J. 16h45, je sors du bureau et cours attraper le train qui me ramènera péniblement chez moi. Aujourd’hui encore, le trajet sera long, trop long, pénible, trop pénible… Quelques mètres carré à partager avec ceux qui parlent fort ou qui sentent fort, ceux-là même qui te collent, ceux qui te fixent ou, pire, ceux qui fixent l’écran de ton téléphone violant toute notion d’intimité.

Je ne le sais pas encore mais, je ne monterai plus dans ce train avant 2 mois, peut-être trois… non pas qu’il me manquera mais, la vie à laquelle il appartient, un peu, même si je n’en n’ai jamais voulu. C’est vrai que je rêvais à autre chose, autrement, autre part… je ne sais pas vraiment à quoi, finalement, alors je m’autorise rarement à y penser. Pas le temps, pas le moment, demain, oui demain peut-être… Il est 17h00 et je prie pour que mon train n’ait pas de retard… la journée a été longue.

55 jours de confinement

Je sursaute, réveillée par le flash des infos. Quelle heure ? 22h00. Je bave, j’ai chaud, j’ai la jambe droite engourdie… et comme toujours au réveil, je suis d’une humeur massacrante. A la télévision, on parle encore pandémie et mesures de sécurité mais cette fois, les Belges sont priés de rester chez eux. C’est le début d’un confinement qui durera 55 jours. Ce soir là, je m’endors la boule au ventre, le souffle court… persuadée d’avoir un début d’insuffisance respiratoire. Hypocondrie, quand tu nous tiens.

C’est l’aube qui m’éveille, comme tous les jours depuis sept longues journées. Dehors, le silence est total. Je n’entends pas le cortège de voitures pressées de rejoindre l’heure de pointe, le pas lourd du voisin s’écraser dans les graviers, ni le claquement assourdissant de sa portière de voiture. Je n’entends que le jour qui se lève, le vent dans les arbres et le chant d’un coq pas très lointain dont je découvre tout juste l’existence. A-t-il toujours été là ?

Le réveil, souvenir d’une autre vie, ne sonnera pas avant un moment. Que fait-il encore là ? J’ai pourtant perdu l’habitude de regarder l’heure, moi qui louchais si souvent sur l’aiguille des secondes tant elles m’étaient comptées dans cette vie d’avant. C’était il n’y a pas si longtemps. Je me revois courir après un train qui ne m’attendra pas, quittant un homme qui ne me retiendra pas. Depuis quand n’avais-je plus vu le soleil se lever ? Je ne me rappelle plus. Il est 06h30 et pour une fois, le temps ne me manque pas.

En attendant l’été

J’ai pris l’habitude d’aller marcher pour garder un contact avec le monde extérieur, comme avant, je crois… Avant, lorsque je passais la journée dans un bureau sans fenêtre, tapie dans l’ombre d’un écran 27 pouces. Je parcours des kilomètres avec mon chien et je constate que nous sommes nombreux à avoir pris cette liberté, faute de « mieux » peut-être… Je rencontre certains de mes voisins pour la première fois. Eux aussi, ont-ils toujours été là ?

Il y a maintenant 28 jours que j’ai abandonné le maquillage et les jeans trop serrés, ne sachant d’ailleurs plus très bien pourquoi ni pour qui je me les infligeais. Il est loin le temps ou le diktat de la mode pouvait, à lui seul, me mettre en retard au boulot. Un boulot que j’arrive d’ailleurs parfaitement à exécuter depuis mon canapé, et qui me semble soudainement moins contraignant sans son interminable aller-retour à huit euros… le prix de l’absurdité. Quelqu’un s’en souviendra-t-il ?

De cette vie, il ne nous reste finalement plus grand chose. L’hiver est passé et les cerisiers ont fleuri. Les gens pressés ne le sont plus. Les coups d’épaule ou de klaxons, eux aussi se sont perdus. Et les doigts d’honneur dans les rétro, les poignées de mains un peu trop moites, les dimanches ou les lundis… Ou sont passés les oeufs et la farine ? Et les nuages et les avions ? Ne reste que le bruit des tondeuses, des applaudissements et des voisins qui discutent… en attendant l’été.

Ce soir, ce soir je m’endormirai sereinement dans la douceur de mes draps propres. Je ne penserai à rien, ni à demain, ni au temps qui passe. Non à rien, rien d’autre qu’à l’instant présent, pensant qu’après plus rien ne sera tout à fait pareil mais rien ne sera vraiment différent.

Et après ?

Sereinement même si mon sommeil se fait plus léger depuis quelques jours. J’entends à nouveau le gravier du voisin crépiter sous mes fenêtres, juste avant que les avions ne fendent le ciel. A la télévision, on sonne la fin de 55 jours de confinement, et après ? Combien seront-ils à pleurer tout ce temps perdu ? Se souviendront-ils que le ciel était bleu, que l’air était pur et que le coq chantait à nouveau ? Demain, oui demain peut-être…

M'abonner
M'avertir de
guest
4 Commentaires
Inline Feedbacks
Voir tous les commentaires
Stéphanie
Stéphanie
Il y a 2 mois

Il est tellement bien écrit ton article…
Je ressens la même chose.
Il est temps de repenser sa vie.

Sarah
Sarah
Il y a 2 mois

Un texte plein d’émotion et très bien écrit. J’ai l’impression que depuis le 11 mai, la vie reprend son cours comme avant, alors que tout est encore si incertain…